La vie en boucles

Prévenir les carences en aquaponie

Ce qui suit est le résultat de tests et observations qui devront être confirmés dans une diversité de contextes. Ces précautions liminaires étant prises, voici donc une piste de travail pour prévenir les carences dans un système aquaponique dont les 10 m2 de cultures sont constitués d’une couche de 25 cm de graviers.

Un système aquaponique avec des carences bien marquées

Le système « truites aquaponiques » est clairement carencé en fer et en potassium. Trois niveaux d’analyse confirment ces déficiences : par les résultats d’analyse chimique de l’eau, par l’observation des décolorations sur le feuillage des légumes et par la méthode des bilans sur les entrées et sorties des différents éléments chimiques. En 2019, un apport régulier de chélate de fer et de sulfate de potasse permet de contrôler ces carences.
Ces apports ont cessé de novembre 2019 à avril 2020 pour cause de test de reproduction de la truite arc en ciel dans les bassin aquaponiques. Ceci afin de conserver une eau la plus pure possible pendant le temps d’incubation et de démarrage de la nutrition des alevins. Les conditions d’expression maximale des carences sur les choux et laitues, et plus récemment sur les concombres et tomates, étaient donc présentes. Et les carences très visibles étaient au rendez-vous, sauf sur certains pieds !

Des discours divergents sur le web pour prévenir les carences en aquaponie

La thèse qui prévaut largement dans les milieux scientifiques et chez de nombreux blogueurs est la présence inévitable de carences en aquaponie. Car l’alimentation des poissons n’apporte pas tous les éléments nutritifs nécessaires aux plantes. A titre d’illustration, voir la présentation pédagogique de Norbert Aquaponie sur les trois carences inévitables en aquaponie . La prévention des carences passe donc par l’ajout de compléments minéraux.

L’antithèse est soutenue par quelques rares aquaponistes dont François Petitet-Gosgnach. Une concentration de truites supérieure à 20 kg par m3, nourries avec des vers de terre, des limaces, des insectes, des poissons blancs et des restes de viande évitent les carences sur les légumes. Les plants de légumes sont achetés en jardinerie et plantés tels quels. La prévention des carences passe ici par une distribution de nourriture variée et conséquente et l’élimination précoce des rares pieds carencés.

Synthèse : Le principe général à retenir est la présence de carences, notamment en fer, dans les systèmes aquaponiques. Toutefois l’expression des carences est très sensible « à l’effet papillon« . Cela signifie que de très faibles variations sur les conditions de départ peuvent avoir des effets diamétralement opposés. Trois éléments méritent une observation détaillée:
– Premièrement, la teneur de l’eau neuve en potassium, en magnésium et en éléments traces peut varier considérablement d’un lieu à un autre.
– Deuxièmement, un pH de 6.5 ou de 8.0 n’aura pas les mêmes conséquences sur la nutrition de la plante
– Troisièmement, les modalités de plantation des plants sont déterminantes. Ainsi, les plants installés avec leur motte se comportent différemment des plants installés avec les racines nues ou issus de semis directs dans le média. Les éléments constituant la motte, les éventuels engrais lents rajoutés par le pépiniériste sont également à prendre en compte dans l’analyse.

La conservation d’une motte autour du plant permet de prévenir les carences, ou d’en diminuer les effets.

Au cours de l’hiver 2019-2020, j’ai pu comparer le comportement de quelques légumes selon qu’ils étaient plantés avec leur motte ou plantés après avoir trempées les racines pour déliter la motte (sans amputation du système racinaire). Les légumes plantés avec leur motte n’ont pas exprimé de carence (voir photos ci dessous).

Précautions pour éviter une dispersion de la motte dans le média de culture

Un contenant en tourbe ou en carton reçoit la motte. Le système racinaire colonise puissamment la motte et s’étend dans le média. Dans le système « truites aquaponiques », les 4 premiers cm sont toujours secs. Les 3 suivants sont humides par remontées capillaires. Les 11 suivants sont alternativement inondés toutes les demi-heures et les 7 derniers centimètres sont toujours en eau (eau circulante). La motte se positionne dans les 7 premiers centimètres , hors zone inondée. Lors de la récolte, la motte reste intacte au moment de l’arrachage. Il est possible de laisser la motte libre, sans contenant. Le risque est alors un peu plus grand de voir son contenu dispersé dans les graviers ou les billes d’argile.

A la pêche aux informations…

Et vous, lecteur, quelles sont vos expériences pour prévenir les carences? Avez-vous fait des observations similaires? Merci de témoigner, en utilisant les commentaires, pour enrichir cet article. Le commentaire n’apparaît pas immédiatement, car il est soumis à validation, mais en général c’est fait dans la journée.

Share Button

2 Comments

  1. Vincent

    Bonjour Jean-Claude
    Vous plantez la motte sans qu’elle soit au contact direct de l’eau ce qui me semble une bonne idée.
    Pensez vous que les engrais seraient nocifs aux poissons s’ils étaient au contact de l’eau?

    Merci
    Vincent

    • jcgoudeau

      Bonjour Vincent, Je ne sais pas. Ça dépend probablement de l’engrais. Par exemple aucun problème avec le sulfate de potasse ou le sulfate de magnésie. En revanche probables problèmes avec chlorure de potasse. Il faut rester prudent sur une fertilisation de la motte car la mise en solution dans la motte migrera partiellement vers l’eau du système. Mon approche est de travailler avec la richesse naturelle en K et Fe de la terre et du compost utilisés pour les semis. Il est vrai que cela ouvre d’autres pistes sur un enrichissement de la motte. Mais le phosphore et l’azote doivent être prélevés prioritairement dans l’eau aquaponique (fonction épuration).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

© 2020 Truites aquaponiques

Thème par Anders NorenHaut ↑