La vie en boucles

Reproduction de truites en aquaponie Bilan du test

J’ai testé la reproduction des truites arc en ciel dans le système aquaponique au plus près de ce qui se passe en rivière. Cet article dresse le bilan de l’expérience conduite entre janvier et avril 2020, en partant des truites d’élevage pour parvenir à de nouvelles truitelles de 4 grammes.

La problématique autour de la reproduction des truites en aquaponie

Les techniques  de reproduction de la truite arc en ciel sont issues de la recherche. Ainsi, elles permettent d’atteindre moins de 10% de pertes entre fécondation et éclosion. Ceci est obtenu avec des géniteurs nourris spécifiquement. S’y rajoutent des spécifications sur l’eau de fécondation et l’eau d’incubation, et des pratiques adaptées de désinfection et nettoyage des œufs.
Par pur plaisir, par curiosité et par défi, ça m’intéresse de décrire « un protocole aquaponique » qui s’appuie sur l’absence de géniteurs dédiés (truites de deux ans seulement), et sur l’utilisation de l’eau d’aquaponie pour la fécondation et l’incubation, comme si c’était en rivière. Quel taux de perte peut-on maîtriser dans ce contexte semi-naturel?

Un test de reproduction réalisé début 2020 dans l’installation « truites aquaponiques »

Un test de reproduction a été conduit à partir du 17 janvier 2020. Ce test utilise des œufs et de la laitance prélevés sur des truites issues des bassins d’élevage d’une installation aquaponique. Tout le processus, de la fécondation jusqu’au stade 4 grammes a été conduit avec l’eau du système. Sans aucune modification de la qualité de l’eau. Les connaissances de départ étaient proches de zéro. j’ai suivi les conseils de Valentin Avandetto, aquaponiste, et de Pierre Garsi, enseignant en aquaculture au Lycée professionnel de Guérande. Les publications de thèses, de vidéos et d’articles sur le web ont accompagné une « formation en marchant ». Avec de nombreux ajustements au cours du test, décidés en fonction des observations.

Un taux de perte de 98%, proche de celui observé en rivière.

Le taux de perte global entre le nombre d’œufs fécondés (2600) et le nombre de truitelles obtenues 3 mois plus tard (60) est de 98%. Ce taux est comparable à celui mesuré en rivière. Les pertes concernent surtout les phases d’incubation et de démarrage de la nutrition, et moins celle de résorption vitelline. Ces pertes sont majoritairement dues à des erreurs techniques.

Incubation : reste 6.5% d’œufs donnant naissance à une larve. Les pertes massive sont dues à un non respect de la procédure de fécondation, et à une manipulation excessive des œufs à la lumière du jour. Un strict respect du protocole devrait permettre de faire éclore au moins 40% des œufs. A partir du stade œillé, les pertes sont très faibles.

Evolution des œufs viables au cours de l'incubation.  Reste 6.5% d’œufs donnant naissance à une larve. Les pertes massive sont dues à un non respect de la procédure de fécondation, et à une manipulation excessive des œufs à la lumière du jour.
Evolution des œufs viables au cours de l’incubation.

Résorption : reste 87% de larves évoluant en alevin nageant. Les pertes concernent les larves mal formées à la naissance.

Evolution des larves viables au cours de la résorption du sac vitellin.  Reste 87% de larves évoluant en alevin nageant.
Evolution des larves viables au cours de la résorption du sac vitellin.

Démarrage nutrition : reste 40% de truitelles. Les pertes sont essentiellement dues à une mauvaise qualité de l’eau pour cause de non nettoyage hebdomadaire et absence de courant d’eau les 10 premiers jours. Erreurs techniques liées à une mauvaise configuration du dispositif d’élevage qui ne permettait pas une surveillance et un nettoyage faciles. Dans des conditions plus adaptées, les pertes ne devraient pas dépasser les 50%.

 Evolution des alevins au cours de la croissance jusqu'au stade  4 grammes.
Evolution des alevins au cours de la croissance jusqu’au stade 4 grammes.

En résumé pour une ponte de 2000 œufs, issue d’une truite d’un kilogramme, avec 70% de perte sur la phase incubation, 15% sur la phase résorption vitelline et 40% sur la phase démarrage de la nutrition, il subsisterait 300 truitelles de 4 grammes, ce qui est largement suffisant pour un usage personnel. Reste maintenant à mettre au point un protocole qui permettra de minimiser ces taux de perte.

Les points clés pour diminuer significativement le taux de perte

Points clés
Test 2020
Protocole 2021
Des reproducteurs correctement nourrisPas d’astaxanthine. Des oeufs très clairsUtiliser des granulés avec astaxanthine
Des truites femelles matures Ponte au hasard des abattagesUn abattage tous les 8 jours en janvier
Eviter d’utiliser un mâle stérilePrise de risque avec un seul mâle utiliséPrélever le sperme de deux mâles au moins
Garantir une ponte au secPas de précaution particulière. Des gouttes d’eau introduitesSécher la truite avec un linge sec avant stripping
Eliminer liquide coelomiqueLiquide non éliminéPonte sur un tamis laissant s’échapper le liquide coelomique
Rajouter l’eau pour la fécondationEau rajoutée en quantité importanteRajouter en eau 50% du volume d’œufs
Désinfecter les oeufsPas de désinfection post fécondationTremper les œufs 10 mn dans solution iodée
Remuer les oeufs avec précautionAgités ou étalés avec le doigtUtiliser une plume pour déplacer les œufs
Laissser du temps pour la fécondationOeufs laissés 1 minute au repos après fécondation Laissser reposer les oeufs 20 minutes après fécondation
Installer les oeufs dans les paniers d’incubationTrop d’oeufs par panier, sur 2 couchesDes oeufs sur une seule couche, répartis avec une plume
Après durcissement, au bout d’une heure, ne plus bouger les oeufs Agitation des œufs, pour changement de panier, et lors du nettoyage des œufs avec une paille. Ne plus toucher aux oeufs. Enlever les oeufs blancs avec une aiguille.
Garder les oeufs dans le noir completDe longue séances de nettoyage avec une paille, à la lumière du jourNettoyer rapidement les œufs blancs avec une aiguille, dans la pénombre.
Enlever les coques vides après naissanceRéalisé avec un tuyau par siphonnageA réaliser avec un tuyau par siphonnage
Installer les larves nageantes dans un léger courant et commencer à nourrirLarves nourries dans les bacs d’incubation, sans courant horizontalTransférer les larves dans une zone traversée par un léger courant d’eau
Nettoyer l’auge tous les joursDeux nettoyages en 12 jours. 40%de pertes d’alevins. Pertes minimisées après instauration d’un courant d’eau et nettoyage journalierUn nettoyage par jour
% de pertes 98% ?

Remerciements

Outre Pierre Garsi et Valentin Avandetto déjà cités, je tiens à remercier Adrien Millet, pisciculteur au moulin de Cerzay à Assais les Jumeaux (79) qui a accepté de me fournir de l’aliment de démarrage et des conseils issus de sa propre expérience. Par ailleurs, les truites mâles et femelles proviennent également de sa pisciculture. Sans lui, ce test n’aurait pas pu exister.

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1 Comment

  1. Truite26

    Bonjour Jean-Claude,
    Merci beaucoup d’avoir pris le temps de faire cette article et d’avoir fait cet essai.
    Merci pour ton partage;).
    Hâte d’apporter ma pierre à l’édifice avec mes farios.
    Valentin

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