Truites aquaponiques

La vie en boucles

Produire l’aliment des truites en aquaponie ?

Voilà bien une idée farfelue ! Pourquoi vouloir produire l’aliment des truites alors que des entreprises fournissent à volonté des granulés formulés sur mesure, sûrs, performants, et à un prix raisonnable pour un particulier?

Pour une entreprise commerciale, cette question est incongrue, car une alimentation “maison” devra être agréée pour pouvoir vendre la production de poisson. Pour un particulier, il en va autrement. C’est le cas du projet “truites aquaponiques” conçu dans l’esprit d’une économie circulaire permettant de valoriser des déchets en les transformant en aliment piscicole, avec le souci de contribuer à protéger les océans en sollicitant moins la ressource halieutique, en cherchant des voies alternatives pour produire du poisson localement afin de continuer à le consommer régulièrement.

L’état de l’art avant l’action

D’une idée folle peut naître une innovation et c’est bien ce qui est passionnant. Sous réserve de faire les choses dans l’ordre, à commencer par l’état de l’art sur la question posée, ce que j’ai zappé en lançant rapidement un élevage de vers de farine produisant 200 g de vers de farine par jour et un élevage de vers de compost. Cette ration composite devait couvrir les besoins alimentaires des truites. Or il n’est pas possible de nourrir correctement des truites avec seulement des vers de farine et des vers de compost. Il est nécessaire de conserver une part d’aliment du commerce pour au moins 50% de la ration, voire 70%. Pour un objectif de substitution totale, c’est donc retour à la case départ.

Nourrir les truites avec un aliment apportant EPA , DHA et ARA

Très grossièrement, l’aliment des truites doit être riche en protéines (entre 40 et 50 % de la matière sèche de la ration ). Ces protéines doivent avoir un profil d’acides aminés essentiels non carencé par rapport aux exigences de la truite. Par ailleurs, cette dernière a besoin d’acides gras de la famille des omégas 3, et plus particulièrement les acides gras EPA (20-5 n3) et DHA (22-6 n3) et des omégas 6 ARA ( 20-4 n6). Pour les détails, voir le tableau des besoins alimentaire des truites.
Les aliments du commerce contiennent actuellement environ 20% de farines de poisson pour fournir les acides aminés essentiels et 10% d’huiles de poisson pour apporter les acides gras EPA, DHA et ARA. Sachant qu’il faut 5 kg de poisson pour 1 kg de farine de poisson et 20 kg de poisson pour 1 litre d’huile. Soit au final de 2.5 à 3 kg de poissons fourrages pour produire 1 kg de truite.
EPA et DHA sont très important sur le plan santé humaine. La consommation de poisson gras une à deux fois par semaine permet de combler les besoins, sous réserve que ces poissons soient nourris avec un aliment suffisamment riche en EPA et DHA. Or la stagnation des captures de poissons fourrage en mer et l’explosion des besoins dans les élevages piscicoles conduisent à proposer un poisson de plus en plus pauvre en EPA et DHA. Trouver une source EPA et DHA entièrement nouvelle (de novo) autre que l’huile de poisson est un axe de recherche très important en 2019.

Vers de farine et vers de compost constituent un aliment déséquilibré

Production de 200 grammes de vers de farine par jour

Les vers de farine ont un profil d’acides aminés très proche de celui de la farine de poisson, excepté pour la taurine. C’est leur principal intérêt. Par contre, ils sont dépourvus des acides gras EPA, DHA et ARA (voir tableaux 3 et 4 du document “remplacement de la farine de poisson par des vers de farine dégraissés” ou encore les tables de l’INRA pour les vers de farine )
Les vers de compost corrigent légèrement ce constat mais de manière très insuffisante (voir tableau 2 du document “Composition en éléments nutritifs et profils en acides gras du ver de terre Eisenia foetida
Donc il est impossible de construire une ration avec un mélange vers de farine et vers de compost, tout en ayant des performances acceptables dans un contexte de production familiale.

Les microalgues, source primaire de DHA, EPA et ARA

Deux voies sont privilégiées pour la production de novo de DHA, EPA ou ARA : les oléagineux transgéniques (caméline) et les microalgues marines ou d’eau douce. Dans la nature, tout commence par les microalgues qui vont nourrir la chaine alimentaire, du plancton aux poissons. C’est donc cette voie qui va être explorée pour tenter de produire un aliment truite utlisable dans un environnement familial, avec une production de truites riches en EPA et DHA.

Un nouveau challenge…

Test de ulture de microalgues dans un bioréacteur fait maison, dans le but de produire un aliment adapté pour les truites
Test de culture de microalgues dans un bioréacteur fait maison, dans le but de produire un aliment adapté pour les truites


Une combinaison vers de farine (pour les protéines) et microalgue (pour EPA, DHA et ARA) peut-elle constituer une ration de substitution à 100% de l’aliment du commerce, tout en garantissant des performances en quantité et qualité acceptables en aquaponie familiale ?
La production, la récolte, la conservation, et la distribution d’une microalgue dans un contexte d’aquaponie familiale sont-elles envisageables?

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2 Comments

  1. Bonjour Jean-Claude.
    Merci pour cette article très passionnant.
    Pour mon bac d’eau de mer, j’ai élevé du phytoplancton Dunaliella salina.
    Cela ma permis de faire un élevage d’artémia (très riche) que je donnais à mes alevins.
    Question :
    – Quelles sont vos micros algues ?
    – Comment les distribuer aux truites ? (Transformation je pense)

    Les artémias pourrais être une bonne piste pour les truitelles après la résorption du sac vitallin

    • jcgoudeau

      10/09/2019 at 19:56

      Bonjour Valentin, merci pour la réponse.
      J’ai 5 questions :

      QUESTION 1 : Quelle microalgue produire?
      J’ai commencé à poser le cahier des charges du choix de la microalgue:
      – disponible dans une banque d’algues distribuant en France ( Banque de l’INRA à Thonon par exemple)
      – plutôt d’origine eau douce pour ne pas avoir à gérer le traitement de l’eau salée après la culture lorsque l’on n’habite pas en bord de mer
      – non toxique
      – capable de produire EPA et/ou DHA significativement
      – capable de valoriser l’eau issue de l’aquaponie
      – disposant d’un protocole de culture pour maximiser la production d’huile (phase de croissance et phase de stress).
      Puisqu’il n’est pas possible d’acquérir Schizochytrium ou Crypthécodinium, par ailleurs à cultiver en eau salée, je m’intéresse à Cyclotella meneghiana, Nitzschia palea, Gymnodinium fuscum, Cryptomonas sp. Je cherche une microalgue d’eau douce produisant au moins 5% d’EPA+DHA (/ Matière Sèche).
      Pour se faire la main, j’envisage de commencer avec Haematococcus pluvialis pour produire de l’astaxanthine, 500g par an. L’avantage, c’est de constater de visu, au moment de l’abattage l’efficacité de l’apport. Car la teneur en EPA et DHA des filets de truite suppose des analyses d’acides gras que je pressents coûteuses.

      QUESTION 2 : Quel dimentionnement du bio réacteur?
      Soit une distribution de 20 g d’algues sèches pour 80 g de vers de farine secs pour obtenir 1% DPA-DHA dans la ration.Ce qui suppose de produire environ 8 kg par an pour nourrir un lot de 30 truites de 80g à 900 g. Avec une production de 0.2 g par litre et par jour, il faudrait mettre en production 20 recipients de 10 litres , avec récolte de deux récipients par jour pendant 6 mois. Je ne sais pas si ces projections sont valables et réalistes.

      QUESTION 3 : Comment conserver la souche mère pure ?
      En évitant des contaminations d’autres algues ou de bactéries, pour disposer en permanence d’une source de microalgue pour la mise en culture. A 150 € la souche, c’est un point important!

      QUESTION 4 : Comment récolter la microalgue ?
      je maîtrise l’électro-floculation avec un chargeur de batterie et deux électrodes. En optant pour des électrodes en carbone, les microalgues ne sont pas contaminées par la libération de fer ou d’aluminium par exemple. La consommation d’énergie est faible. Et le séchage naturel devient possible à partir de la pâte récoltée.
      Egalement possible de faire consommer les microalgues par des organismes planctoniques (artémia, copépodes,…)

      QUESTION 5 : Comment distribuer la microalgue aux truites ?
      Là, je sèche !! Les artémias seront des proies trop petites pour des truites de 80g à 900g. Si les vers de farine peuvent s’enrichir en EPA-DHA, il est poqqible de leur faire ingérer la microalgue, ce qui résoudrait le problème de distribution (Je n’ai pas trouvé de ressource scientifique sur cette hypothèse). Sinon, comment enrober les vers de farine de poudre d’algue? Reste la solution ultime de produire des granulés, mais cette voie ne m’intéresse pas, car pas dans l’esprit d’une solution frugale.

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